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Investir dans le volontariat : et si nous mesurions enfin la valeur réellement créée ?

Une première réflexion du Collectif des Volontaires du Sénégal sur le retour sur investissement social du volontariat international.

Chaque année, des milliers de missions de volontariat sont financées à travers le monde. Des États, des organisations internationales, des fondations et des associations investissent des ressources importantes pour permettre à des femmes et des hommes de s'engager au service de l'intérêt général.

Lorsque l'on parle de ces programmes, les indicateurs utilisés sont souvent les mêmes : nombre de volontaires mobilisés, durée des missions, activités réalisées, bénéficiaires touchés ou budget engagé.

Ces informations sont indispensables. Elles permettent de suivre la mise en œuvre des programmes et de rendre compte de l'utilisation des ressources.

Mais elles répondent rarement à une question pourtant essentielle :

Quelle est la valeur réellement créée par une mission de volontariat ?

Cette interrogation est à l'origine du travail engagé par le Collectif des Volontaires du Sénégal (CODEVS).

Au fil des années, en accompagnant des volontaires nationaux et internationaux, nous avons constaté qu'une mission ne produisait pas uniquement des activités. Elle transformait également les personnes, renforçait les organisations, créait de nouvelles coopérations, produisait des connaissances et générait des bénéfices durables pour les communautés.

Pourtant, une grande partie de cette valeur restait invisible dans les dispositifs classiques de suivi-évaluation.

C'est pour répondre à ce constat que le CODEVS développe aujourd'hui un dispositif de suivi-évaluation des parcours de volontariat, articulé autour de référentiels d'entrée, de suivi intermédiaire et de sortie, complété par un Baromètre de Développement du Volontaire.

Ce dispositif poursuit une ambition simple : comprendre ce que le volontariat transforme et produire des données permettant de mieux documenter cette transformation.

Une première modélisation du retour sur investissement social

Dans le cadre de cette réflexion, nous avons réalisé une première modélisation économique à partir d'une mission type de volontariat international d'une durée de huit mois.

L'hypothèse retenue est celle d'un investissement moyen de 5 000 euros, couvrant notamment la préparation, l'accompagnement, la protection sociale, le suivi administratif et les conditions de réalisation de la mission.

Plutôt que de chercher uniquement à calculer un rendement financier, nous avons adopté une logique de retour sur investissement social (SROI) en identifiant les différentes formes de valeur produites.

Notre analyse fait apparaître cinq dimensions principales de création de valeur :

  • Développement du volontaire : 3 000 € (compétences, autonomie, employabilité, leadership, ouverture interculturelle).

  • Renforcement de l'organisation d'accueil : 4 000 € (nouvelles méthodes, outils, documentation, capacités institutionnelles).

  • Valeur créée pour les bénéficiaires et les communautés : 8 000 € (services rendus, accompagnement, apprentissages, renforcement du lien social).

  • Valeur partenariale : 2 000 € (coopération, crédibilité, réseaux, opportunités de projets).

  • Capitalisation des connaissances : 3 000 € (rapports, référentiels, méthodes, outils et ressources réutilisables).

Cette première modélisation conduit à une estimation globale de 20 000 euros de valeur sociale créée pour un investissement initial de 5 000 euros, soit un retour sur investissement social estimatif de 4:1.

Nous insistons sur un point important : ces chiffres constituent une première modélisation raisonnée, construite à partir de nos observations de terrain, de notre dispositif de suivi-évaluation et des principes du Social Return on Investment. Ils ont vocation à être discutés, testés et améliorés au fur et à mesure que de nouvelles données seront produites.

Ce que cette réflexion change

L'apport le plus important de ce travail n'est peut-être pas le ratio de 4:1.

Il réside dans une autre idée.

Le volontariat ne crée pas une seule forme de valeur. Il produit simultanément des bénéfices pour plusieurs acteurs : le volontaire, l'organisation d'accueil, les bénéficiaires, les partenaires et la société à travers les connaissances produites.

Autrement dit, une mission de volontariat constitue une véritable chaîne de création de valeur sociale.

Cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour les organisations de volontariat, les partenaires techniques et financiers, les chercheurs et les décideurs publics.

Elle invite à dépasser une logique centrée sur les coûts pour s'intéresser à la valeur durable produite par l'engagement volontaire.

Une démarche ouverte

Le CODEVS ne considère pas cette publication comme une conclusion, mais comme le début d'un chantier de recherche et d'innovation.

Notre ambition est d'enrichir progressivement cette modélisation grâce aux données issues des prochaines missions, aux échanges avec les volontaires, aux contributions des chercheurs et aux retours de nos partenaires.

Parce que mesurer les transformations humaines est un défi collectif.

Et parce que nous sommes convaincus qu'une meilleure compréhension de la valeur créée par le volontariat permettra de renforcer sa reconnaissance, d'améliorer les programmes et de mieux orienter les investissements au service du développement humain et social.

Ce premier travail s'inscrit dans une vision plus large portée par le CODEVS : faire du volontariat non seulement un levier d'action, mais également un levier de production de connaissances, d'innovation méthodologique et d'intelligence appliquée au service des transformations humaines et sociales.