contact-img.png

Les trajectoires invisibles du volontariat: La nouvelle Série éditoriale du CODEVS

Ce que les rapports de mission ne racontent pas toujours..

Une mission de volontariat commence généralement par un départ.

Un départ vers une autre organisation, une autre communauté, parfois un autre pays. Un projet est défini, des objectifs sont fixés, une durée est établie, des activités sont programmées et des résultats sont attendus.

Puis vient le retour.

Le volontaire remet son rapport, l'organisation fait son bilan, les activités sont comptabilisées et la mission rejoint progressivement l'histoire de la structure.

Mais une question demeure :

que reste-t-il réellement d'une mission de volontariat lorsque la mission est terminée ?

Il reste évidemment des résultats.

Des activités ont été réalisées. Des personnes ont été rencontrées. Des compétences ont été mobilisées. Des projets ont parfois été initiés ou renforcés.

Mais il reste également autre chose.

Quelque chose de plus difficile à mesurer.

Une nouvelle manière de regarder le monde. Une confiance acquise. Une compétence développée dans l'action. Une relation qui continue après la mission. Une pratique découverte puis reprise par une organisation. Une capacité nouvelle à prendre des initiatives. Une représentation qui évolue. Une envie d'agir autrement.

Ces transformations sont réelles.

Elles sont pourtant souvent les moins visibles.

C'est précisément à cet espace que s'intéresse « Les trajectoires invisibles du volontariat ».


Ne pas seulement raconter ce qui a été fait

Le volontariat est abondamment raconté.

On parle des missions, des programmes, des chiffres, des activités, des partenaires, des bénéficiaires et des résultats.

Cette documentation est nécessaire.

Elle permet de rendre compte de l'action, de démontrer ce qui a été réalisé et de conserver une trace des interventions.

Mais elle ne répond pas toujours à une question essentielle :

qu'est-ce que l'expérience de volontariat produit dans le temps ?

Car une mission n'est pas seulement une succession d'activités.

C'est une expérience humaine.

Et une expérience humaine évolue.

Le volontaire arrive avec une histoire, des compétences, des représentations et des attentes. Il rencontre un nouvel environnement. Il doit s'adapter. Il apprend. Il doute parfois. Il expérimente. Il échoue aussi. Il recommence. Il rencontre des personnes qui vont modifier sa perception des choses.

Puis il repart.

Mais il ne repart pas nécessairement comme il est arrivé.

C'est cette transformation que nous voulons observer.


Une trajectoire plutôt qu'une mission

Le mot « trajectoire » n'a pas été choisi par hasard.

Une mission possède un début et une fin.

Une trajectoire, elle, se poursuit.

Elle permet de regarder ce qui se passe avant, pendant et après l'expérience volontaire.

Avant la mission : quelles étaient les motivations, les attentes et les représentations ?

Pendant la mission : quelles expériences ont été vécues ? Quelles difficultés ont été rencontrées ? Quels apprentissages ont émergé ?

Après la mission : qu'est-ce qui demeure ? Qu'est-ce qui a changé ? Qu'est-ce qui est transféré ? Quelles relations continuent ? Quelles nouvelles possibilités apparaissent ?

Cette approche déplace le regard.

Nous ne cherchons plus uniquement à savoir :

« Qu'a fait le volontaire ? »

Nous cherchons également à comprendre :

« Que devient-il à travers ce qu'il a vécu ? »

Et une deuxième question apparaît :

« Que devient son environnement à travers son passage ? »


L'invisible n'est pas l'inexistant

Parler de trajectoires « invisibles » ne signifie pas que ces transformations sont impossibles à observer.

Elles sont simplement moins souvent documentées.

Une compétence relationnelle développée au cours d'une mission ne se résume pas facilement à un chiffre.

Une confiance nouvelle ne figure pas nécessairement dans un tableau de résultats.

Une relation interculturelle qui perdure après une mobilité ne correspond pas forcément à un indicateur classique.

Une activité expérimentée par un volontaire puis intégrée dans la programmation d'une organisation peut sembler secondaire dans un rapport, alors qu'elle constitue parfois l'une des traces les plus durables de la mission.

L'invisible est donc souvent ce qui se trouve entre les lignes des résultats.

Notre ambition est de rendre ces dimensions davantage visibles.

Non pas pour remplacer les données quantitatives.

Mais pour les compléter.


Du récit à la connaissance

Raconter une expérience ne suffit pas.

C'est ici que cette collection souhaite également se distinguer du simple témoignage.

Un récit peut être émouvant.

Une histoire peut être inspirante.

Mais une expérience devient particulièrement intéressante lorsqu'elle permet de poser une question, de faire apparaître une transformation et d'en tirer un apprentissage.

C'est pourquoi chaque trajectoire documentée cherchera à faire apparaître plusieurs dimensions :

la mission, l'expérience, la transformation, les relations, la continuité et les apprentissages.

L'objectif n'est pas de présenter chaque volontaire comme une « success story ».

Le volontariat est plus complexe que cela.

Une trajectoire peut être faite de réussites, mais aussi d'incertitudes, de difficultés, de contradictions et de découvertes inattendues.

Cette complexité nous intéresse.

Parce qu'elle permet de produire une connaissance plus honnête de l'expérience volontaire.


Observer les transformations dans le temps

Une autre conviction fonde cette démarche :

l'impact ne se situe pas toujours au même moment que l'activité.

Une activité peut avoir lieu aujourd'hui et produire une conséquence plusieurs mois plus tard.

Une compétence acquise pendant une mission peut être réutilisée dans un autre emploi.

Une rencontre interculturelle peut modifier durablement une représentation.

Une pratique expérimentée dans une organisation peut devenir une activité régulière.

Un volontaire de retour peut transmettre ce qu'il a appris à d'autres.

Une relation créée dans le cadre d'une mobilité peut devenir un nouveau partenariat.

La trajectoire permet donc de regarder les transformations comme des processus.

Elle invite à ne pas confondre :

activité, résultat, effet et transformation.

Cette distinction est essentielle pour comprendre réellement ce que produit le volontariat.


Des personnes, mais aussi des systèmes

Les trajectoires invisibles ne concernent pas uniquement les volontaires.

Elles concernent également les organisations et les communautés.

Une mission peut modifier les pratiques d'une structure d'accueil.

Elle peut faciliter la circulation de compétences.

Elle peut créer de nouvelles collaborations.

Elle peut rapprocher des territoires.

Elle peut permettre à une communauté de découvrir de nouvelles possibilités.

Elle peut également révéler des besoins qui n'étaient pas suffisamment visibles auparavant.

Le volontariat devient alors un espace de circulation :

circulation des personnes, des compétences, des idées, des pratiques et des représentations.

C'est particulièrement important dans les mobilités internationales.

La mobilité ne devrait pas être comprise uniquement comme le déplacement d'une personne d'un territoire vers un autre.

Elle peut être comprise comme un processus de réciprocité et de transformation mutuelle.


Pourquoi cette collection maintenant ?

Le développement du volontariat s'accompagne d'une nécessité croissante : mieux documenter ce qu'il produit réellement.

Les organisations ont besoin de données.

Les partenaires ont besoin de preuves.

Les décideurs ont besoin d'éléments pour comprendre les effets des politiques et des programmes.

Les volontaires eux-mêmes ont besoin de pouvoir valoriser ce qu'ils ont appris.

Mais les données ne sont utiles que si elles permettent de comprendre les réalités qu'elles décrivent.

C'est pourquoi nous souhaitons rapprocher deux dimensions que l'on oppose parfois :

la donnée et le récit.

La donnée permet de mesurer.

Le récit permet de comprendre.

La trajectoire permet de relier les deux.


Une démarche de capitalisation

« Les trajectoires invisibles du volontariat » est ainsi pensée comme une démarche de capitalisation de l'expérience.

Chaque histoire documentée devient une occasion d'apprendre.

Chaque expérience peut révéler une pratique.

Chaque difficulté peut produire un enseignement.

Chaque transformation peut ouvrir une hypothèse.

Chaque récit peut contribuer à une compréhension plus fine du volontariat.

À terme, l'ambition n'est donc pas seulement de constituer une collection d'articles.

Il s'agit de construire progressivement une mémoire vivante de l'expérience volontaire.

Une mémoire capable de répondre à des questions simples mais essentielles :

Qu'apprenons-nous de nos missions ?

Qu'est-ce qui fonctionne ?

Qu'est-ce qui change réellement ?

Qu'est-ce qui perdure après le départ ?

Qu'est-ce que les volontaires rapportent avec eux ?

Qu'est-ce qu'ils laissent derrière eux ?


Des trajectoires singulières pour comprendre un phénomène collectif

Chaque volontaire possède une histoire différente.

Certains partent pour découvrir.

D'autres pour servir.

Certains cherchent une première expérience.

D'autres souhaitent donner un sens nouveau à leur parcours.

Certains reviennent avec des certitudes.

D'autres reviennent avec davantage de questions qu'au départ.

Il n'existe donc pas une seule trajectoire du volontariat.

Il en existe des milliers.

Et c'est précisément leur diversité qui constitue une richesse.

Nous ne prétendons pas qu'une seule expérience permet de tirer des conclusions générales.

Nous voulons plutôt accumuler suffisamment de récits, de données et d'observations pour faire émerger progressivement des connaissances.

Une trajectoire ne constitue pas une preuve à elle seule.

Mais plusieurs trajectoires peuvent faire apparaître des tendances.

Et des tendances documentées peuvent progressivement devenir de la connaissance.


Ce que nous voulons rendre visible

À travers cette collection, nous voulons regarder ce que l'on voit rarement.

Le volontaire qui gagne progressivement en autonomie.

La compétence qui naît d'une difficulté.

La relation qui survit à la fin d'une mission.

L'idée qui voyage d'un territoire à un autre.

La pratique qui s'ancre dans une organisation.

Le retour chez soi qui devient une nouvelle étape de l'engagement.

Le doute qui devient discernement.

L'expérience internationale qui devient capacité d'action locale.

Et parfois, simplement, une personne qui revient différente de celle qui était partie.

Ce sont ces transformations qui donnent au volontariat une profondeur qui dépasse largement la durée administrative d'une mission.


Une histoire qui commence par une question

Cette collection ne prétend pas avoir toutes les réponses.

Elle commence au contraire par une question.

Que devient réellement une personne, une organisation ou une communauté après une expérience de volontariat ?

Nous chercherons les réponses dans les récits.

Dans les données.

Dans les expériences de terrain.

Dans les paroles des volontaires.

Dans les observations des organisations.

Dans les trajectoires de retour.

Dans les relations qui continuent.

Et dans les transformations qui apparaissent parfois longtemps après que la mission a officiellement pris fin.

Parce qu'au fond, une mission de volontariat n'est peut-être pas seulement une période pendant laquelle une personne agit.

C'est peut-être une période pendant laquelle une personne devient capable d'agir autrement.

Et c'est précisément ce que nous voulons comprendre.


LES TRAJECTOIRES INVISIBLES DU VOLONTARIAT

Récits, transformations et connaissances issues de l'expérience volontaire.

Une mission se termine.

Une expérience demeure.

Une relation continue.

Une compétence se transfère.

Une pratique peut s'ancrer.

Et une histoire peut devenir une connaissance.

Voici les trajectoires que nous voulons désormais rendre visibles.